PSG: Demoiselles du Parc des Princes

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Crédit: InternetPic Hôtessejob.com

De nombreuses petites mains qui s’activent au Parc des Princes et participent à l’organisation du match. Elles mènent une double vie, parfois par choix mais le plus souvent, à cause de la précarité. Peu diplômées ou en phase de l’être pour les étudiantes hôtesses, elles cumulent les petits jobs pour vivre, avec le sourire, bon gré mal gré.

L’hiver est glacial, la nuit est tombée, éclairée par les lumières de la ville, le Parc des Princes paraît si grand. Jour de match, les camions de CRS  bloquent les rues aux abords des entrées. Direction la porte du personnel.  Après avoir contourné presque la moitié du stade, l’entrée. Grand hall, luxe et élégance. Tout éblouit. Un blanc éclatant, un espace amplifié par des vitres en verre et tous, sur leur trente et un. 

Dès les premiers pas dans l’enceinte du bâtiment, importance et privilèges sont visible dans ce monde  des VIP. Au milieu du hall, il y a un grand escalier qui descend. Il éveille la curiosité car c’est l’accès des joueurs au terrain : Le saint du saint du PSG. Deux vigiles vérifient les badges rigoureusement. Pas question que qui que ce soit s’invite sur le terrain. La frustration envahie les corps.

Direction, le vestiaire des hôtesses. Autre ambiance. Un sous-sol, sobre, froid, triste. Deux poids, deux mesures, le luxe s’est arrêté au premier étage. Deux petites pièces où un peu moins d’une centaine d’hôtesses se préparent. « Y a pas de place » lancent-elles chacune son tour, pour pester contre l’exiguïté des lieux: Un casier pour quatre personnes, pas de confort et d’équipement pour s’habiller même les toilettes sont mises à contribution comme vestiaire.Une vraie fourmilière, ça s’active, ça s’organise. Une très large majorité de femmes contre seulement deux hommes. Sexisme ordinaire, seule les femmes doivent servir.

Le conformisme est à l’honneur…

Confinées, étriquées, elles enfilent leur uniforme avec habitude et entrent dans les codes définis. Coiffures, maquillage, couleur du collant, du rouge à lèvres et des ongles, sont scrutés minutieusement. L’une d’elles lance à sa collègue « On est moches et en plus on ressemble à des poupées » .

Elles remontent toutes ensemble, pour traverser le hall tel un gigantesque banc de poissons. Chic, elles font bonne figure et attirent les regards. Chacune son poste,  deux ou trois devant une porte ou dans les salons privés. Les chefs hôtesses les briefent tandis que les responsables les observent avec un air dédaigneux. « Souvent, lui, il va passer devant toi pendant tout le match, et c’est seulement à la fin qu’il te dira bonjour. On s’amuse à compter maintenant ». Elles rient, mieux vaut en rire, oui. Une dignité sûrement égratignée qui ne passe pas au près de toutes les jeunes filles. « Ca me fait rire, parce qu’au final, c’est toujours le sous chef, l’inutile qu’à aucun pouvoir qui te méprise alors que je suis plus diplômée que lui et j’aurais un meilleur poste ». Aie, c’est dit! Une fierté ébranlée par des attitudes mondaines. Les plus jeunes hôtesses sont souvent plus dociles que les plus âgées.

Il y a deux types de loges, celle des multinationales et celle des joueurs. Le salon « Champs de Mars » est juste à côté. C’est le salon des familles des joueurs. Ici, être « famille de » ou « ami de » est visiblement un statut. Les invités arrivent. On voit de belles femmes, majestueuses, se diriger vers le salon des familles ou les loges. Vêtements couture, style élaboré, chevelure de princesse, maroquinerie de luxe, ongles faits, maquillage outrageant et talons hauts. Elles sont vraiment belles, digne des podiums. Une hôtesse s’adresse à une autre « Ce n’est pas un Mac Douglas, ce sac ? ». Réponse cinglante de sa collègue : « Ah non, c’est un Hermès à 10.000 euros au moins » La confrontation de deux mondes. Ici, il y a une véritable hiérarchie sociale. Il y a des invités, des invités privilégiés, des loges et des loges de joueurs, des VIP, des VIP encore plus élevés, un carré présidentiel puis un carré dans ce carré, à s’y perdre totalement.

Les hôtesses distribuent des plaids aux clients des salons et les placent au fur et à mesure dans le stade. Elles font office de décor plus qu’elles ne travaillent. « Souvent, les clients sont des habitués, ils connaissent leurs places ». Elles font des allers retours, juchés sur leurs trop hauts talons. Il fait froid, elles ne sentent plus leurs pieds, les escaliers deviennent difficiles à pratiquer. Tout va vite, une multitude de gens va et vient dans tous les sens avant le lancement. Une vraie frénésie !

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Parc des Princes By Claire Madi

Coup d’envoi..

Les supporters hurlent, l’ambiance est explosive, l’impatience palpable, l’excitation naît. Derrière ce luxe tapageur, les éphémères du parc, sont présentes juste le temps du match, bien à leur place. Les hôtesses sont aux services des clients fortunés, mais restent paradoxalement, invisibles. On les voit sans vraiment faire attention à elles. Elles sont nombreuses, on les confond toutes. Et derrière les sourires, on y lit quelques regards envieux et peinés. Elles en parlent entre elles pour se réconforter « ça fait quand même une petite rentrée d’argent, c’est pratique », « Ils ont une belle vie quand même, ces gens » « Ce sera nous un jour, enfin, peut-être ». Elles sont pour beaucoup d’entre elles, étudiantes en licence, master et même doctorat. Etudier et travailler, c’est le quotidien de beaucoup de jeunes français.

Elles sont face à face avec les agents de sécurités postés devant elles. Ils sont dans le même bateau. Bien à leur place, ils font bonne figure, sages comme des images. Et au coup d’envoi, tous se jettent dans les tribunes pour assister au match. Les couloirs deviennent vides, eux n’ont pas le droit mais enfreignent les règles car « ça joue, y a personne dans les couloirs de toute façon ». Hôtesses et vigiles sont au milieu des clients, tous partagent la même joie mais pas les mêmes privilèges. Les clients, bien assis et au chaud, les vigiles dans leur doudoune et les hôtesses, avec une simple robe et une cape, recroquevillées sur elles-mêmes et bras croisés pour se tenir chaud, elles profitent au moins d’un match avec une superbe vue. Le temps passe plus vite, un des avantages du métier. Une alchimie se crée, le foot réunit le temps de quelques instants. Plus de différences. Ils hurlent de joie quand un des joueurs du PSG, met le premier but, ils sont tous derrière l’équipe.

C’est la mi-temps..

Les clients filent dans les salons se régaler avec des entremets de Le Nôtre. Les hôtesses bondissent pour ramasser en vitesse tous les plaids afin qu’ils ne soient pas volés par « Les gens des étages inférieurs ». Une cinquentaine de couvertures à replier pour la deuxième mi-temps et à redonner aux clients, ensuite. Elles plient, plient à toute allure, pestent et rient tant bien que mal. Elles se comparent aux hôtesses des loges privées. Dans des rires étouffés pour qu’on ne les entendent pas, se distinguent des remarques : « Quand tu es serveuse tu restes au moins digne, tu ne replies pas des plaids où les gens se sont mouchés ». Elles souffrent, se plaignent mais sont solidaires. Souvent elles font de belles rencontres, parlent de leurs études, de leur avenir, se conseillent les unes les autres. Le match reprend, les clients s’empressent de rejoindre leur place.

La tension redescend, l’ambiance s’apaise, c’est presque la fin. Leurs chefs ne sont plus dans les couloirs. Chacune son tour, elles vont aux toilettes, discrètement, pour s’assoir et retirent leurs chaussures qui leur font mal. Certaines descendent manger leurs sandwichs pendant que d’autres se faufilent dans les salons. Rapidement, une jeune hôtesse s’adresse à sa collègue « Viens, on va manger ». Elles traversent le hall, juste un regard pour vérifier que les « directeurs-couloir »  comme elles les appellent, ne sont pas là. Le salon est assez grand mais compartimenté. Sublime ! Une ambiance luxueuse et conviviale.  Une petite musique se fait entendre. Ils sont vides, délestés de leurs clients. Vers le fond, tous les traiteurs Le Nôtre sont là. Une traiteure dit discrètement : «Si vous voulez manger, c’est là-bas » ; Elle montre un serveur devant un énorme pilier noir massif. Derrière ce pilier, des serveurs dévorent un Paris-Brest de peur de se faire prendre. Ils rient, l’ambiance est conviviale, il y en a qui font le guet, surveillent toute intrusion d’un responsable et savourent leur part de gâteau. Même sans aimer le Paris-Brest, braver l’interdit, s’accorder une pause douceur, réconforte les troupes pour continuer la soirée. Il y a quelque chose de cocasse et de fraternel dans la situation.  La dégustation terminée, tout le monde se remet en place sur des « Ah, on a bien mangé, ça va mieux », ironiques.

Jamal, agent de sécurité travaille ici depuis quelques années mais il est aussi chauffeur privé. Il continuera à travailler une bonne partie de la nuit, après le match. Il cumule  différentes missions dans Paris. Il fait toutes sortes d’événements comme les césars. « Ici, je croise les joueurs quand ils vont à leur loge et quelques célébrités ». La fierté se lit ! Mais n’y a-t-il pas une forme de souffrance dans cette précarité ? « Si, assure-t-il, ce n’est pas facile tous les jours mais.. » Il ne finit pas sa phrase, petit haussement d’épaules, comme si les mots étaient à la fois douloureux et logiques.

Fin du match..

Les hôtesses doivent ramasser une dernière fois tous les plaids, les plier et les compter. Certaines restent aux salons jusqu’à ce que les clients partent et les autres retournent se changer. La soirée est finie pour elles. Les clients ne sont plus dans les couloirs, les supporters ont quitté le stade. L’endroit est paisible, simple, calme, très agréable mais surtout tellement différent. Il ne s’agit plus du même endroit. La simplicité remplace les feux de la rampe et les mondanités. Tout est devenu normal et accessible. Certains joueurs remontent dans leur loge pour manger en famille. Ce sont des pères, des époux. Tout le monde est fatigué mais détendu.

A la fin de cette soirée, on ressent un soulagement et une étrange satisfaction. Est-ce les rencontres, les souvenirs, l’événement, le lieux unique, le luxe ou simplement l’accumulation de tant d’émotions ? Surement le tout. Les hôtesses, avant de partir, lancent un « On se voit au prochain match ? » L’éternel recommencement.

Claire Madi.

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